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L'essor de l'occident chrétien

150 Christ Pantocrator

Au sortir des grandes invasions et de "la Grande Peur de l'an mil", l'inexorable montée de l'Occident Chrétien vers l'explosion créatrice du XIIe siècle, dans une société parcellisé et cruellement injuste stabilisée par la féodalité, l'essor démographique et le développement de l'agriculture, l'expansion territoriale et les conquêtes territoriales sur l'Orient musulman, le renouvellement des arts et de l'architecture dans une civilisation soumise à Rome où les Cisterciens jouent un rôle essentiel

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Thibault_IV_de Blois

theobald IVThibault IV le Grand de Blois, Chartres, Ch$ateaudun, Meaux, Seigneur de Sancerre, devenu en 1125 Comte de Champagne sous le nom de Thibault II où il engendra la célèbre lignée de Comtes qui créerent les conditions de développement les riches foires qui furent à l'origine de la première économie monde.

St Etienne Harding

150 StsCiteauxST ETIENNE HARDING, troisième Abbé de Cîteaux, crétaeur de l'Abbaye Notre Dame de l'Aumône (Abbatis Eleemosyna), dite "Petit C^^iteaux, dont il nomma Abbé le moine ULRIC, dont il vint lui-même assurer la consécration avec l'Evêque de Chartres.

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abbatisL'Abbaye ND de l'Aumône en 1790, après l'expulsion des Moines et avant sa mise en vente au titre des biens nationaux

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Organisation de l'Ordre Cistercien

Publié dans Les cisterciens

L'organisation de l'ordre

"Nous devons être unanimes, sans divisions entre nous : tous ensemble, un seul corps dans le Christ, en étant membres les uns des autres"
Saint Bernard : "Sermon pour la Saint-Michel", I, 8

La règle bénédictine se présente comme une synthèse entre des exigences contraires : indépendance économique et activité liturgique, activité apostolique et refus du monde.
Les ''Statuts des moines cisterciens venus de Molesme'', rédigés dans les années 1140, s'offrent comme une mise en ordre de l'idéal primitif : stricte observance de la règle bénédictine, recherche de l'isolement, pauvreté intégrale, refus des bénéfices ecclésiastiques, travail manuel et autarcie. Les premiers abbés de Cîteaux avaient trouvé cet équilibre dans la simplicité rustique, dans l'ascèse et le goût de la culture. Les XIIe et XIIIes, marqués par les écrits des « quatre évangélistes de Cîteaux », devaient permettre d'approfondir et d'étayer ces principes d'organisation.

Mais dès l'abbatiat d'Étienne Harding, une législation voit le jour sous la forme de "La Charte de charité et d'unanimité" qui règle les rapports des abbayes-mères, de leurs filles et petites filles. La multiplication des créations, l'expansion de ce nouveau monachisme exigent une nouvelle réflexion sur leur administration. Pour Philippe Racinet, « l'organisation cistercienne est un des chefs-d'œuvre de construction institutionnelle médiévale (Philippe Racinet, "Moines et monastères en Occident au Moyen Âge", Ellipses, 2007, p. 81). L'exemption de la juridiction épiscopale permet à l'ordre de Cîteaux de mettre au point deux institutions qui devaient faire sa force : le système de visites des abbés-pères et le Chapitre général annuel.

Parallèlement, très probablement entre 1097-1099, l'abbé Étienne fait mettre par écrit le récit des fondations.

L'« abbaye mère » et ses filiales

Dans les années 1120, les nouveaux venus, intégrés dans des établissements géographiquement distants, reçoivent des formations propres à la maison qui les accueille.
Pour favoriser la cohésion, éviter les discordes et fonder des relations organiques entre les monastères, dès 1114, Étienne rédige une "Charte d'unanimité et de charité".
Cette charte, document juridique, « règle le contrôle et la continuité de l'administration de chaque maison, [...] définit les rapports des maisons entre elles et assure l'unité de l'ordre. Elle est complétée jusqu'en 1119, puis, au vu de nouvelles difficultés, remaniée vers 1170 pour donner naissance à la "Charte de charité postérieure".
Par son esprit, elle se détache du modèle clunisien de la "familia" hiérarchisée en offrant une large autonomie à chaque monastère. Cîteaux reste l'autorité spirituelle gardienne de « l'observance de la sainte règle » établie au Nouveau Monastère. Chaque monastère, selon le principe de charité, doit secours aux fondations les plus démunies, les abbayes mères assurant le contrôle et l'élection des abbés au sein des abbayes filles. L'abbé de Cîteaux garde, par ses conseils et dans ses visites, une autorité supérieure. Chaque abbé doit se rendre chaque année à Cîteaux pour le "Chapitre général", organe suprême de gouvernement et de justice, autour de la fête de la Sainte Croix (14 septembre), à la suite desquels des statuts étaient promulgués.
Cette procédure n'est pas entièrement originale puisqu'elle remonte aussi aux origines de l'ordre de Vallombreuse, mais l'inspiration vient évidemment de la convention entre Molesme et l'Abbaye Notre-Dame d'Aulps signée en 1097, sous l'abbatiat de Robert. Depuis la fin du XIIe siècle, le Chapitre est assisté par un comité de définiteurs nommés par l'abbé de Cîteaux, "le Définitoire". Les cisterciens acceptent cependant le soutien et le contrôle de l'évêque du lieu en cas de conflit au sein de l'ordre. Ainsi, dès 1120, sur le plan juridique et normatif, l'essentiel de ce qu'est l'ordre repose sur des principes solides et cohérents.

Les sites cisterciens

"Bernardus valles amabat »", "Bernard aimait les vallées".

Le choix du site cistercien a souvent répondu à cet adage comme en témoigne la toponymie cistercienne : abbaye de Cîteaux, Clairvaux, Bellevaux, Clairefontaine, Abbaye de Droiteval.
La vallée boisée doit contenir, en de vastes étendues, tous les ingrédients qui répondent aux besoins de la vie monastique, sans se trouver trop loin des axes de circulation. Comment expliquer le choix de ces vallées, peu ensoleillée, qui réclament de nécessaires aménagements et parfois un changement d'implantation quand le milieu se montre trop ingrat ? Certes, le site doit permettre l'isolement conforme à la vie hors du monde ; de plus, les éventuels rapports avec les seigneurs locaux doivent être pris en compte.
À en suivre Terryl N. Kinder, les vallées, ''no man's land'', « délimitaient un territoire "neutre" où les nobles guerriers des deux rives faisaient la trêve, mais qui par sa position stratégique, ne convenait pas à un usage domestique. Mais, surtout, les vallées sont disponibles car peu attractives.
Cependant, il convient de ne pas exagérer le caractère malsain de ces sites ; les cisterciens ne recherchent pas délibérément des paluds insalubres. Les références nombreuses à des « lieux d'horreurs » dans les documents primitifs renvoient à des "topoï" bibliques. Le site doit présenter des avantages et des ressources suffisantes et souvent le choix initial ne présente pas toutes les caractéristiques requises. Aussi, les fondations sont souvent longues et hasardeuses et la nouvelle abbaye n'est consacrée qu'à la condition que l'oratoire, le réfectoire, le dortoir, l'hôtellerie et la porterie soient bien implantés. En définitive, si le choix d'une fondation dépend d'un savant mélange fait de piété, de politique et de pragmatisme [...] le paysage a peut-être joué un rôle dans la formation de la spiritualité du nouvel ordre.

Cîteaux, avant-garde de l'Église

La spiritualité cistercienne, en accord avec l'idéal de pauvreté en vogue à l'époque, attire de nombreuses vocations, en particulier grâce à l'énergie et au charisme de Bernard de Clairvaux.
L'ordre reçoit aussi de nombreuses donations de petites gens comme de puissants. Parmi ces donateurs, on compte des personnalités de premier plan tels les rois de France, d'Angleterre, d'Espagne ou du Portugal, le duc de Bourgogne, le comte de Champagne, des évêques et archevêques.
Cette évolution soutient le développement des filiales de l'ordre qui compte à la mort de Bernard, trois cent cinquante monastères, dont soixante-huit établis par Clairvaux. L'expansion se fait par essaimage, par substitution ou par incorporation. Parmi les nouvelles communautés, citons l'abbaye de Noirlac et celle de Fontmorigny dont les bâtiments existent toujours dans le Cher.
La ligne de Clairvaux compte jusqu'à 350 monastères, celle de Morimond plus de 200, celle de Cîteaux une centaine, seulement une quarantaine pour Pontigny et moins de vingt pour La Ferté.
Dès 1113, les premières moniales sont installées au château de Jully. Elles sont instituées en 1128 à l'abbaye de Tart, dans le diocèse de Langres, et prennent le nom de Bernardines.
Les monastères du faubourg Saint-Antoine à Paris et de Port-Royal-des-Champs sont les plus célèbres de ceux qu'elles occupent ultérieurement. Par suite de l'accroissement de l'ordre, avec la fondation de centaines d'abbayes et l'incorporation de plusieurs Congrégations (celles de Savigny qui compte trente monastères et d'Obazine du vivant même de saint Bernard), l'uniformité des coutumes s'altère insensiblement. En 1354, l'ordre compte 690 maisons d'hommes et s'étend du Portugal à la Suède, de l'Irlande à l'Estonie et de l'Écosse jusqu'en Sicile.
La concentration est cependant la plus dense en terre française et plus particulièrement en Bourgogne et en Champagne.

Les moniales cisterciennes

Vers 1125, des moniales bénédictines quittent leur prieuré de Jully-les-Nonnains et s'installent à l'abbaye de Tart, sollicitant la protection de l'abbé de Cîteaux, Étienne Harding qui l'accorde en 1132.
Puis, d'autres monastères se créent et s'incorporent à l'ordre.
Le Tart, abbaye-mère, tient chaque année le chapitre général des abbesses.
Vers 1200, on recense dix-huit monastères de cisterciennes en France. Puis, au cours du XIIIe siècle, les moniales créent des abbayes en Belgique, Allemagne, Angleterre, Danemark, Espagne. Certaines de ces fondations espagnoles existent encore aujourd'hui, comme le Monastère royal de las Huelgas de Burgos, créé en [[1187]] par Alphonse VIII de Castille, qui reste affilié au spirituel à l'ordre de Cîteaux.
Les moniales cisterciennes, principalement au XIIIe siècle, ont compté plusieurs saintes comme Sainte Lutgarde en Belgique, Sainte Hedwige en Pologne, les saintes Gertrude de Helfta et Mathilde de Magdebourg, toutes deux du couvent de Helfta, en Saxe, haut-lieu de la mystique rhénane (Un des nombreux monastères féminins qui suivaient les usages de Cîteaux sans être juridiquement affiliés à l'Ordre: car celui-ci redoutait de devoir fournir des aumôniers à trop de maisons de moniales). Parmi les mystiques cisterciennes, on peut nommer Béatrice de Nazareth (vers 1200 - 1261, ou encore Sainte Julienne du Mont-Cornillon 1191 - 1254, qui fut l'instigatrice de la fête du saint Sacrement, fête instituée dans l'Église par le pape Urbain IV en 1268.

St Bernard et l'expansion de l'Ordre

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L'ordre doit le développement considérable qu'il a connu dans la première moitié du XIIe siècle à Bernard de Clairvaux (1090-1153),  le plus célèbre des cisterciens qui peut être considéré comme son maître spirituel. 

Ses origines familiales et sa formation, ses appuis et ses relations, sa personnalité même, expliquent en grande partie le succès cistercien.
Sa famille est connue pour sa piété ; sa mère lui transmet son inclination pour la solitude et la méditation. Il décide de ne pas embrasser le métier des armes et cherche à se retirer du monde. Il conserve cependant durant sa vie religieuse un sens aigu du combat. « Devenu moine, Bernard reste un chevalier qui encourage ceux qui combattent pour Dieu ».
Persuasif et charismatique, il décide nombre de ses parents à le suivre à Cîteaux, abbaye voisine des terres de sa famille : « Alors la grâce de Dieu envoya à cette église des clercs lettrés et de haute naissance, des laïcs puissants dans le siècle et non moins nobles en très grand nombre ; si bien que trente postulants remplis d'ardeur entrèrent d'un coup au noviciat. » (in Petit exorde de Cîteaux, cité par Georges Duby, "Saint Bernard et l'art cistercien").
Bernard, trois ans seulement après son entrée dans l'ordre cistercien, consacré abbé par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, prend la tête de l'abbaye de Clairvaux le 25 juin 1115.

Il se donne tout entier pendant dix ans à la communauté dont il était [...] le père. Puis [[Clairvaux]], bien établi, enraciné, devenu lui-même prolifique, éparpillant à son tour, à Trois-Fontaines, à Fontenay, à Foigny, de toutes parts sa descendance,
Bernard cesse de parler seulement pour les religieux de son monastère. Tout en veillant sur Clairvaux dont il est resté toute sa vie abbé, Bernard a une influence religieuse et politique considérable en dehors de son ordre. Toute sa vie, il est guidé par la défense de l'ordre cistercien et ses idéaux de réforme de l'Église.
On le voit sur tous les fronts et sa vie est riche de paradoxes : il clame son désir de se retirer du monde, pourtant il ne cesse de se mêler des affaires du monde. Il est volontiers donneur de leçons, mais assuré de la supériorité de l'esprit cistercien, il accable de reproches ses frères clunisiens. En 1125 il publie son ''Apologie'' dédiée à Guillaume de Saint-Thierry où il oppose les doctrines cistercienne et clunisienne et ruine ses adversaires. On connaît de lui plusieurs centaines de lettres.
Il a des mots très durs pour fustiger les clercs et les prélats qui succombent aux richesses matérielles et au luxe. Il ne refuse pas rouerie, ruse, mauvaise foi ou injures pour abattre son adversaire. Le théologien Pierre Abélard en fait la dure expérience.
On le voit en Languedoc tenter d'enrayer les progrès de l'hérésie. Il parcourt la France, l'Allemagne, mobilisant les foules après le prêche de Vézelay (31 mars 1146) pour lancer la Deuxième croisade. Il intervient dans la désignation des papes, dont il finit par faire triompher la cause : Innocent II contre Anaclet II, et va même jusqu'à donner des leçons aux souverains pontifes.
Les fondations se poursuivent sur un rythme soutenu, ainsi les abbayes de la Cour-Dieu et de Bonnevaux. L'ordre, à l'assise bourguignonne, gagne le Dauphiné et la Marne, puis, en peu de temps, tout l'Occident chrétien. Il n'est pas une nation catholique, de l'Écosse à la Terre sainte, de la Lituanie et la Hongrie au Portugal, qui n'ait connu les cisterciens dans l'un de leurs sept cent soixante-deux monastères. De Clairvaux sort finalement le plus grand rameau de l'ordre cistercien : trois cent quarante-et-une maisons dont quatre-vingts filles directes dispersées dans toute l'Europe, davantage que Cluny qui n'en compte que 300 environ. Ainsi, le poids de l'abbaye de Clairvaux ne cesse de croître, en particulier, grâce au nombre de ses filiales qui dépasse celles de Cîteaux, dans les décisions prises lors des Chapitres généraux.
Lorsqu'il meurt le 20 août 1153, honoré par tout le monde chrétien, il a fait de Cîteaux un des principaux centres de la chrétienté, un haut lieu spirituel.

Genese de l'Ordre Cistercien

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La genèse de l'ordre cistercien

En Occident, à la charnière des XIe - XIIe, nombreux sont les fidèles qui cherchent de « nouvelles voies de la perfection, désir inexprimé, mais exaltant toutes les ardeurs, de rajeunir le monde.
Cependant, pèlerinages et croisades ne nourrissent pas spirituellement tous les croyants. Aussi, conjuguant ascétisme et rigueur liturgique et rejetant l'oisiveté grâce au travail manuel, la 'Regula Sancti Benedicti' est à la fin du XIe une formidable source d'inspiration pour les mouvements en quête de perfection tels les ordres de Grandmont ou de la Chartreuse, fondée par Bruno de Cologne en 1084.

L'ordre cistercien est marqué à sa naissance par la nécessité de réforme et l'aspiration évangélique qui sous-tend également l'expérience de Robert d'Arbrissel (fondateur de l'ordre de Fontevraud en 1091)  et l'éclosion des chapitres de chanoines réguliers. « Cîteaux naît de ce désir partagé de renouveler le monachisme et d'en redéfinir la place (Marcel Pacaut, ''Les moines blancs'', ''op. cit.'', p. 22).

À cette époque, la voie monastique clunisienne voit s'élever contre elle des critiques de plus en plus nombreuses. La modération souhaitée par Benoît de Nursie (saint Benoît) n'est plus visible avec la magnificence de bâtiments de l'ordre. L'activité liturgique clunisienne ne semble plus permettre le respect des vœux d'humilité, de pauvreté et de charité. Au-delà, l'exclusivité des activités intellectuelles du 'scriptorium', de l'exercice du plain-chant et l'office divin ont coupé les moines d'une des trois exigences de la règle bénédictine, le travail manuel.
À Cluny, l'agriculture est devenue une activité extérieure (Sur l'opposition entre monachisme clunisien et cistercien quant au rapport au travail manuel voir, Georges Duby, ''Hommes et structures du Moyen Âge, II : seigneurs et paysans', in 'Qu'est-ce que la société féodale ?', Mille & une pages, Flammarion, 2002, p. 1309).
Certes, l'ordre a essaimé ses monastères dans toute l'Europe, mais la proximité de ses abbés avec le pouvoir temporel n'est pas du goût de tous (Jean-François Mondot, « Moines noirs & moines blancs », ''Les Cahiers de Science & Vie'', n° 78, décembre 2003, {{Xe}}-{{XIIe siècle : la révolution des monastères - Les cisterciens changent la France'', p. 14-15).
Il ne faudrait cependant pas voir dans la « fiévreuse activité de réforme (Louis J. Lekai, 'op. cit.', p. 23.)»  une critique ouverte à l'encontre de Cluny, mais plutôt une volonté d'exprimer l'héroïsme du temps dans une voie bénédictine plus sévère, par un retour à la rigueur des Pères du Désert (André Vauchez, « Naissance d'une chrétienté », 'op. cit.', p. 96-97 ; Louis J. Lekai, ''op. cit.'', p. 18-24.)

Les pères fondateurs

L'aventure cistercienne commence avec la fondation de l'abbaye Notre-Dame de Molesme par Robert de Molesme (saint Robert]] en 1075, dans la région de Tonnerre (Yonne).
Né à Champagne, apparenté à la famille de Maligny, l'une des plus grandes de la région, Robert de Molesme commence son noviciat à l'âge de quinze ans à l'abbaye de Moûtiers-la-Celle, dans le diocèse de Troyes.
Il devient prieur. Pétri de l'idéal de restauration du monachisme tel que saint Benoît l'avait institué, il quitte en 1075 son prieuré. Il parvient à mettre en application cet idéal en partageant solitude, pauvreté, jeûne et prière avec sept ermites installés dans la forêt de Collan (ou Colan), près de Tonnerre (Yonne), dont il dirige la vie spirituelle.
Grâce aux sires de Maligny, ce groupe s'installe dans la vallée de la Laignes, dans le lieu-dit de Molesme, en adoptant des règles de vie proche de celles des Camaldules, alliant la vie commune de travail et de l'office bénédictin à l'érémitisme.
Cette fondation est un succès : la nouvelle abbaye draine nombre de visiteurs et donateurs, religieux et laïcs ;  une quinzaine d'années après sa fondation, Molesme ressemble à n'importe quelle abbaye bénédictine prospère de son époque.
Mais les exigences de Robert et d'Albéric, son Prieur, sont mal acceptées ; des divisions surviennent au sein de la communauté. En 1090, Robert, avec quelques compagnons, choisit de s'éloigner pour un temps de l'abbaye et de ses dissensions et s'établit avec quelques frères à Aulx pour y mener une vie d'ermite. Il est cependant contraint de regagner l'abbaye qu'il dirige à Molesme.
Sachant qu'il ne parviendra pas à satisfaire son idéal de solitude et de pauvreté dans le climat de Molesme où s'opposent les partisans de la tradition et ceux du renouveau, Robert, avec l'autorisation du légat du pape Hugues de Bourgogne|Hugues de Die, accepte le lieu solitaire situé dans la forêt marécageuse du Pays-bas dijonnais que lui proposent le duc de Bourgogne (Eudes Ier de Bourgogne|Eudes I) et les vicomtes de Beaune, de lointains cousins, pour se retirer et pratiquer avec la plus grande austérité la règle de saint Benoît.
Dans ce lieu proche de la vallée de la Saône, à vingt-deux kilomètres au sud de Dijon, il trouve un « Désert », couvert de "cistels" (roseaux). Les frères « firent une coupe dans la forêt et dégagèrent un espace dans l'épaisseur des fourrés d'épines, puis se mirent à construire à l'endroit même un monastère. »
Alberic de Cîteaux et Étienne Harding, ainsi que vingt-et-un moines fervents, l'accompagnent dans son « affreuse solitude » où ils s'installent le 21 mars 1098, sur le site de ''La Forgeotte'', alleu concédé par Renard, vicomte de Beaune, pour y fonder une autre communauté dénommée pour un temps «Nouveau Monastère» cède la place à celui de Cîteaux vers 1120.

Le « Nouveau Monastère »

L'abbatiat de Robert

Les débuts du "novum monasterium" dans des bâtiments de bois entourés d'une nature hostile, sont difficiles pour la communauté. La nouvelle fondation bénéficie cependant du soutien de l'évêque de Dijon. Eudes Ier de Bourgogne fait lui aussi montre de largesse ; Renard de Beaune, son vassal, cède à la communauté les terres qui jouxtent le monastère. La protection bienveillante de l'archevêque Hugues permet l'édification d'un monastère de bois et d'une humble église. Robert a tout juste le temps de recevoir du duc de Bourgogne une vigne à Meursault qu'à la suite d'un synode tenu à Port d'Anselle en 1099 qui légitime la fondation du ''novum monasterium'', il se voit contraint de revenir à Molesme où il trouvera la mort en 1111. L'historiographie cistercienne flétrit, un temps, la mémoire des moines qui regagnent Molesme.

Ainsi, les écrits de Guillaume de Malmesbury, puis les "Petit" et "Grand Exorde" sont à l'origine de la légende noire qui poursuit, au sein de l'ordre, Robert et ses compagnons de Molesme « qui n'aimaient pas le désert.

L'abbatiat d'Aubry

Robert laisse la communauté aux mains d'Aubry de Cîteaux (Alberic, son Prieur de Molesmes), l'un des plus fervents partisans de la rupture avec Molesme.
Aubry, administrateur efficace et compétent, obtient la protection du pape Pascal II ("Privilegium Romanum") qui promulgue le 19 octobre 1100 la bulle "Desiderium quod". Aubry, confronté à de nombreuses difficultés matérielles, déplace sa communauté deux kilomètres plus au sud, au bord de la Vouge, pour trouver un approvisionnement en eau suffisant.
Une église est édifiée sur ses ordres à quelques centaines de mètres du site initial.
Le 16 novembre 1106, Gauthier, l'évêque de Chalon-sur-Saône, consacre sur ce nouveau site la première église construite en pierre. Aubry parvient à maintenir la ferveur spirituelle au sein de sa communauté, qu'il soumet à une ascèse très rude.
Mais Cîteaux végète, les vocations se font rares et ses membres vieillissent. Les années semblent difficiles pour la petite communauté car « les frères de l'Église de Molesme et d'autres moines voisins ne cessent de les harceler et de les troubler car ils craignent de paraître eux-mêmes plus vils et plus méprisables aux yeux du monde si l'on voit les autres habiter au milieu d'eux comme des moines nouveaux et singuliers. Cependant, la protection du duc de Bourgogne, puis de son Hugues II après 1102 (date de la mort du duc de Bourgogne qui se fit inhumer au Nouveau monastère, volonté qui fit de l'abbaye « la nécropole ducale officielle.) et des clercs édifiés par le courage de la communauté, permet un premier essor.
À partir de 1100, le monastère attire quelques recrues : quelques novices rejoignent le groupe.
Pendant son abbatiat, Aubry fait adopter aux moines l'habit de laine écrue contre la robe noire des moines de l'ordre de Cluny, ce qui vaudra aux moines cistercien le surnom de « moines blancs, parfois aussi de « bénédictins blancs » ou encore de « Bernardins», du nom de saint Bernard, à l'opposé des bénédictins ou « moines noirs ». Aubry définit aussi le statut des frères convers, ces religieux qui ne sont ni clercs ni moines, mais soumis à l'obéissance et à la stabilité et qui accomplissent le gros des tâches manuelles ; il fait entreprendre le travail de révision de la Bible, qui sera achevé sous l'abbatiat d'Étienne Harding.

L'abbatiat d'Étienne Harding

En 1109, Étienne Harding prend en main les destinées de Cîteaux en succédant à Aubry après la mort de ce dernier.
Étienne, noble anglo-saxon à la solide formation intellectuelle, est un moine formé à l'école de Vallombreuse qui a déjà joué un rôle majeur dans les événements de 1098. Il entretient d'excellents rapports avec les seigneurs locaux. La bienveillance de la châtelaine de Vergy et du duc de Bourgogne assure l'essor matériel de l'abbaye.
La mise en valeur des terres assure à la communauté les ressources nécessaires à sa subsistance. La ferveur des moines confère à l'abbaye une grande renommée. En avril 1112 ou en mai 1113, le jeune chevalier Bernard de Fontaine, accompagné d'une trentaine de compagnons, fait son entrée au monastère dont il va bouleverser les destinées.
Avec l'arrivée de Bernard, l'abbaye connaît une embellie. Les postulants affluent, les effectifs croissent et poussent Étienne Harding à fonder des « abbayes-filles ».

La fondation de l'ordre

En 1113, la première abbaye-fille est fondée à La Ferté dans le diocèse de Chalon-sur-Saône, suivie par celle de Pontigny, dans le diocèse d'Auxerre en 1114.
En juin 1115, Étienne Harding envoie Bernard avec douze compagnons pour fonder l'abbaye de Clairvaux en Champagne.
Le même jour une communauté monastique part de Cîteaux pour fonder l'abbaye de Morimond.
Sur cette souche des quatre filles de Cîteaux, l'ordre cistercien va se développer et la famille cistercienne croître durant tout le XIIe siècle.
À partir de 1120 l'ordre s'implante à l'étranger. Enfin, à côté des monastères d'hommes, des couvents de moniales vont se créer. Le premier est établi en 1132 à l'initiative d'Étienne Harding au Tart, l'un des plus célèbres étant celui de Port-Royal-des-Champs. Pour Étienne Harding, l'organisateur de l'ordre et grand législateur, l'œuvre qu'il voit naître reste encore fragile et a besoin d'être confortée. Les abbayes créées par Cîteaux ont besoin du lien qui va être la marque de leur appartenance à l'application stricte de la règle de saint Benoît et rendre les communautés monastiques solidaires.
La Charte de Charité qu'il élabore apparaît comme le « ciment » qui va garantir la solidité de l'édifice cistercien.

La Charte de charité

Entre 1114 et 1118, Étienne Harding rédige la « carta caritatis » ou "Charte de charité", texte constitutionnel fondamental sur lequel repose la cohésion de l'ordre : Elle établit l'égalité entre les monastères de l'ordre.
Dans le respect d'unité d'observance de la règle de saint Benoît, elle a pour objet d'organiser la vie quotidienne et d'instaurer une discipline uniforme à l'ensemble des abbayes.
Le pape Calixte II l'approuve le 23 décembre 1119 à Saulieu.

Elle fit l'objet de différentes mises au point. Étienne Harding a prévu que chaque abbaye dépende, tout en conservant une grande autonomie notamment financière, d'une abbaye mère : l'abbaye qui l'a fondée ou à laquelle elle est rattachée. Leurs abbés élus par la communauté gouvernent l'abbaye comme ils l'entendent. En même temps, il a su prévoir des systèmes de contrôles efficaces tout en évitant la centralisation : l'abbaye-mère dispose d'un droit de regard, son abbé doit la visiter annuellement. Étienne Harding a institué, au sommet de l'édifice, le Chapitre général comme organe suprême de contrôle.

Le Chapitre général réunit chaque 14 septembre, sous la présidence de l'abbé de Cîteaux qui fixe le programme, tous les abbés de l'ordre qui doivent y assister en personne ou, exceptionnellement, se faire représenter. Ils ont rang égal hormis les abbés des quatre branches maîtresses. Le Chapitre général édicte par ailleurs des statuts et apporte les adaptations rendues nécessaires aux règles régissant l'ordre. Les décisions prises lors de ces assemblées sont rapportées dans des registres appelés "statuta, instituta et capitula".
Ce système, comme le souligne Dom J. M. Canivez, a permis « une union, une intense circulation de vie et un réel esprit de famille groupant en un corps compact les abbayes sorties de Cîteaux ».

Cistercii filiae

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L'arbre de filiation des abbayes cisterciennes, témoigne de la formidable expansion de l'ordre depuis sa création en 1098, lorsque l'Abbé bénédictin Robert de Molesmes, obtint l'autorisation du pape de "se retirer au désert", au fond d'un marais inhospitalier de Bourgogne, appelé "Cistel", et 1153, lorsque s'éteignit saint Bernard, dernier docteur de l'Eglise, le plus connu et emblématique des cisterciens, dont l'influence sur le XIIe siècle fut telle que les historiens le qualifient de "siècle de saint Bernard".
St Etienne Harding créa entre 1113 et 1115 les "quatre premières filles de Cîteaux", premières en dignité puisqu'elles donnèrent chacune naissance à leur propre filiation : La Ferté (1113), Pontigny (1114), Morimont (1115) et Claivaux (1115), dont l'abbatiat échut malgré son jeune âge à Bernard de Fontaine. Dans la lignée propre de Cîteaux, l'abbaye-mère, dont l'Abbé reste le personnage central de l'ordre, après  La Cour Dieu et Bonnevaux en 1119 est crée, à la demande du Comte de Bois, l'Aumône en 1121 dont Etienne Harding choisit le moine "Ulric" comme premier abbé

Mémoire Abbé Mouze

mouzeVoir le mémoire de l'abbé Mouzé en consultation libre sur le document oeiginal conservé à la BNF  

 

Histoire de Marchenoir

Histoire MarchenoirLe livre de référence sur l'histoire et la fin de l'Abbaye de Notre Dame de l'Aumone. Disponible à cette adresse : suivre le lien

Mémoire de Charles Cuissard

cuissardRetrouvez le mémoire écrit par Charles Cuissard sur le document original conservé à la BNF

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